Il s'agit ici de ce qu'un vocabulaire peu correct appellerait peut-ętre les détails chez Chateaubriand, c'est-ŕ-dire de ce qui, dans les textes, n'est pas a priori notable , en somme, ce qui échappe par définition ŕ l'attention du lecteur pressé. L'auteur des Mémoires d'outre-tombe aime le menu, le petit, le presque rien . Proust s'émerveillait de la petite fleur cueillie ŕ Chantilly . Chateaubriand lui-męme, au livre quarante-et-uničme des Mémoires, s'identifie ŕ saint François, qui lui a transmis l'amour des petits et des humbles . Il y a lŕ quelque chose comme un programme d'écriture, voire comme un manifeste minimaliste, ou paupériste. Mais on voit aussi le paradoxe qui apparaît, et qui est gęnant. L'insignifiant signifie. Barthes avait ręvé, dans un article fameux, d'un effet de réel . Il n'est pas sűr qu'il existe quelque chose comme un effet de réel chez Chateaubriand. Balzac part ŕ la recherche des détails immenses et, ainsi, détruit le détail , qui devient, sous sa plume, le contraire de lui-męme. Chez Chateaubriand, nous avons ŕ rendre compte de la spécificité d'une écriture visant ŕ la fois le grandiose et le rien, l'immense et l'infime, poursuivant cette double ambition avec la męme intensité de désir.