Il avait vingt-huit ans, deux diplômes, une prière et une colère si ancienne qu'il ne savait plus depuis combien de temps elle vivait sous sa peau. Daniel n'était pas né monstre. Il avait été fabriqué lentement, méthodiquement, par un système qui broie les invisibles avec les outils propres et légaux de l'indifférence. Un refus de trop. Une éclaboussure de trop. Une démolition de trop. Et un soir, face à son seul ami dans un appartement qui sentait le métal brûlé, quelque chose avait dit la vérité à voix haute pour la première fois. Ce qui suivit dura quatre mois. Douze noms sur une liste. Douze pages de psaume déposées sur douze poitrines dans l'obscurité. Et à côté de lui, une femme qui couvrait ses crimes à l'antenne sans savoir que c'était lui. L'Évangile du Justicier n'est pas un roman sur la violence. C'est un roman sur ce qu'on fait des hommes qu'on décide de ne pas voir. Sur la frontière impossible entre la justice et la vengeance. Sur la foi qui résiste même quand Dieu se tait. Et sur l'amour celui qui reste debout dans un parking sous la pluie, quarante-deux ans après, avec un livre sous le bras et un fils qui tient un parapluie...